L’interculturalisme majoritariste et les femmes : une relation ambiguë

Anne Iavarone-Turcotte

Dans cet article, je propose une analyse critique de la réponse des trois principaux théoriciens de l’interculturalisme majoritariste – Gérard Bouchard, Jérôme Gosselin-Tapp et Michel Seymour – à la question des minorités internes. Cette question est de savoir comment protéger le droit des minorités religieuses de pratiquer leur religion (tel que créé ou facilité par le multiculturalisme ou l’interculturalisme) sans violer le droit des femmes en leur sein de mener une vie exempte d’oppression (tel que défendu par le féminisme). Je soutiens que la réponse de ces auteurs est ambiguë, en ce sens qu’elle embrasse simultanément deux postures – la fermeté et la flexibilité – qui, lorsque considérées ensemble, sont contradictoires et, lorsque considérées séparément, présentent des problèmes spécifiques. Si dans le cas particulier du foulard islamique, ces auteurs élargissent momentanément leur perspective, leurs arguments à ce chapitre commandent des nuances importantes pour le moment absentes de leur raisonnement.

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Anne Iavarone-Turcotte est avocate, docteure en droit et chercheuse postdoctorale à la Chaire de recherche du Canada en éthique féministe (CREF – jusqu’en mai 2024) et au Graduate Center de la City University of New York (CUNY—jusqu’en juillet 2025). Ses travaux à la CUNY sont supervisés par la philosophe Serene Khader et financés par le Réseau québécois en études féministe (RéQEF), le Conseil de recherches en sciences humaines du gouvernement du Canada (CRSH) et le Fonds de recherche société et culture du gouvernement du Québec (FRQSC). Les recherches d’Anne portent sur le paradigme du choix dans les débats féministes, et en particulier dans les débats sur les pratiques sociales, culturelles ou religieuses comportant un potentiel d’oppression sexiste. Sa thèse de doctorat a reçu le prix Minerve des Presses de l’Université Laval (accompagné d’une publication au sein de la collection du même nom), le prix de l’Association des doyennes et des doyens des études supérieures au Québec (ADDESAQ), la médaille d’or du Gouverneur général du Canada et le prix de l’Association des ancien.nes de McGill, en plus d’avoir été classée au deuxième rang (mention d’honneur) du concours annuel de l’Association des professeures et professeurs de droit du Québec (APDQ). En parallèle de ses activités de recherche, Anne s’implique dans le milieu communautaire, où elle a notamment œuvré au sein de l’OBNL Thèsez-vous? et à la Clinique juridique du Mile End.